Révision de la politique culturelle : le RÉMI rappelle l’importance des festivals et événements au sein de la culture québécoise

Le ministère de la Cultures et des Communications a invité le RÉMI à prendre la parole dans le cadre du Forum national de consultation sur le projet de politique québécoise de la culture tenu les 5 et 6 septembre 2017 au Musée des beaux-arts de Montréal. Voici l’allocution prononcée par le président-directeur général du RÉMI, Martin Roy.

Monsieur le ministre,
Mesdames les députées,
Mesdames et messieurs,

D’abord, je tiens à vous remercier, monsieur le Ministre, d’avoir invité le Regroupement des événements majeurs internationaux à ce forum. Compte tenu du peu de temps qui m’est imparti, vous me permettrez d’aller droit au but, en vous parlant très directement des liens qui existent ou qui n’existent pas en ce moment dans ce projet de politique culturelle avec les festivals et les événements, tout spécialement ceux que je représente.

Vous vous rappellerez que le RÉMI a soumis l’an dernier un mémoire et que nous vous avons rencontré à cet effet, votre prédécesseure, Mme Louise Beaudoin, présidente de notre conseil d’administration, et moi-même.

Ce mémoire comprenait neuf recommandations visant à développer l’industrie que constituent de nos jours les festivals et événements. Mais par-dessus tout, je crois qu’on peut dire que l’idée maitresse du mémoire était que les festivals et les événements sont à la recherche d’une forme de « reconnaissance », de leur rôle, de leur importance au sein de la culture québécoise. Et pour l’instant, cette reconnaissance ne se retrouve pas dans le projet de politique présenté.

Le mot « festivals » apparaît bien trois fois au document, tantôt dans une citation de l’UDA, tantôt entre parenthèses. Il est par ailleurs question des « festivals et manifestations culturelles » en tous genres en page 18, mais ce n’est qu’en guise d’introduction à l’orientation 2.

Nous comprenons bien que le projet de politique élabore de grands objectifs et qu’il sera suivi d’un plan d’action très concret. Qu’il ne s’agit pas de nommer ici toutes les disciplines, ni toutes les formes de diffusion, mais compte tenu, je le rappelle, de l’importance considérable des festivals et événements au Québec, ça m’apparaît un peu incongru qu’il n’y ait aucune affirmation claire, quand on sait que près d’un spectacle sur 10 présenté en salle au Québec l’est dans le cadre d’un festival… et que ce chiffre – ou la proportion, en fait – grimperait considérablement si on pouvait inclure tout ce qui est présenté en extérieur (ce qui n’est pas fait par l’Observatoire de la culture, peut-être justement parce que c’est trop gros, trop imposant). Et donc, en somme, c’est le plan d’action qui nous permet encore d’espérer et que nous attendrons avec impatience.

Parce que lorsque l’on regarde attentivement les orientations, les axes et les objectifs du projet de politique, on trouve bien une parfaite adéquation avec les festivals et événements du Québec.

  • Que ce soit à l’égard de la langue française : pensons notamment aux FrancoFolies de Montréal ou au Festival d’été de Québec ;
  • Que ce soit en lien avec les autochtones, quand on prend l’exemple de Présence autochtone ou de différents pow wow, en tant que facteur de rapprochement entre les nations autochtones et la nation québécoise ;
  • Que ce soit en lien avec la diffusion culturelle sur tout le territoire, sachant que les festivals, petits et grands, sont effectivement aux quatre coins du Québec, mais aussi et surtout de l’accès à la culture, de la démocratisation de la culture, en prenant en considération le fait que plusieurs festivals et événements sont présentés gratuitement ou à peu de frais ;
  • Que ce soit en lien avec le rayonnement international, lorsqu’on sait que nos festivals et événements rayonnent dans la presse étrangère, qu’ils comptent des volets professionnels importants et permettent des maillages avec le monde entier, qu’ils constituent aussi une forme de diplomatie culturelle, auprès des touristes ;
  • Que ce soit, évidemment, en ce qui a trait à l’entreprenariat culturel et au développement économique du Québec, quand on connaît l’importance des retombées, quand on sait maintenant que le Festival international de Jazz de Montréal rapporte plus au fisc que la F1, qu’il a pratiquement autant de retombées économiques, avec un investissement public infiniment moindre.

Alors, en ce qui nous concerne, si je peux synthétiser ça un peu grossièrement, monsieur le ministre, ça demeure extrêmement prometteur tout cet exercice, mais on va continuer d’allumer des lampions pour la suite des choses. On va espérer que les festivals et événements soient identifiés très souvent au plan d’action comme véhicules pour atteindre les différents objectifs.

Et évidemment, on va souhaiter que la mise en œuvre de la politique s’accompagne d’un important rehaussement des moyens, des ressources qui sont consenties à la culture. Sans plus d’argent, malheureusement, il n’y a aura pas de développement.

Également, monsieur le ministre, on sait que le gouvernement canadien va lui aussi présenter une politique culturelle incessamment et que la réalité, sur le terrain, c’est que la québécoise et la canadienne, ça va former un tout, qu’on espère cohérent et complémentaire. Et l’on note dans le projet actuel qu’il n’est pas question du rôle du gouvernement fédéral, de celui que vous souhaitez qu’il joue, en vertu de quelles balises, bien qu’il soit question des autres niveaux de gouvernement que sont les MRC et les municipalités. Je peux vous dire qu’on aimerait, nous, qu’il fasse davantage sa part pour financer notre industrie. La question se pose donc : est-ce que le gouvernement du Québec a lui aussi des exigences quant à l’intervention du fédéral en culture et est-ce que ces exigences devraient être dans la politique ?

Finalement, je veux terminer en disant que toute cette politique ne pourra se concrétiser si, dans le cadre des renégociations de l’ALÉNA ou d’autres accords internationaux, on ne s’assure pas que l’exception culturelle prévale, ce qui est autorisé par ce formidable outil qu’est la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO. Je pense que, comme tout le milieu culturel, nous avons raison de craindre les répercussions des renégociations et l’impact qu’elles pourraient avoir sur le système actuel, incluant les subventions aux entreprises culturelles dont font partie plusieurs festivals et événements.

Alors, voilà, notre réaction, au RÉMI, monsieur le ministre.